A propos de Dimanche

L'installation monumentale du premier espace, La chambre obscure (le tourisme), représente une voûte d'ogives inversée. Elle est née au rappel d'une photographie montrant Antoni Gaudi et une maquette de la Sagrada Familia, la cathédrale de Barcelone. L'architecte catalan usait de chaînes, accrochées à leurs deux extrémités et qu'il suspendait dans le vide, pour représenter les voûtes de son église.
Ici, la voûte n'est pas une hyperbole, mais use d'une géométrie gothique caractéristique - les piliers arqués venaient prendre appui sur la clé de voûte et résistaient à la poussée verticale du poids des matériaux. Elle permettait donc de dégager de grands volumes de toute structure porteuse. Au contraire de la sculpture de l'espace DOLL, qui envahit l'espace par sa structure et rend le combat du bâtisseur de cathédrale contre la gravité complètement vain. Elle garde néanmoins dans sa forme une idée de perfection, puisque ses proportions sont d'or; matérialisation de la divine proportion, de la beauté et de la forme idéale envoyée du ciel!
Son titre, La chambre obscure (le tourisme), renvoie à l'inversion de l'image dans l'appareil photographique, qui n'est alors que déformation optique.
Image archéologique aussi, lorsque ne reste que la structure ou le squelette d'un élément dont les fragments emplissent les musées des 4 coins du monde; parties d'un tout que l'on s'active parfois à reconstituer.
Cette sculpture fait suite à Primary structures, réalisée sous le Pavillion Suisse Le Corbusier à Paris en 2008, en photo sur la page de couverture du dossier de presse également à disposition; le cube de matière minérale cachait alors le squelette du mammouth qui semblait pris dans le corps du bâtiment en béton.

La toile The words V, accrochée comme un sous-titre dans le même espace, fait partie d'une longue série de peintures. Elle reprend des textes tirés des évaluations de films faites par la Motion Picture Association of America, Inc. Cette association visionne les films avant leur sortie en salle dans l'optique de les interdire à un certain public et de préserver la jeunesse de quelques sujets sensibles.

Le deuxième espace s'ouvre sur La note de bas de page, boîte en bois qui accueille un livre de poche; scellé par une vitre, il est ouvert sur une page de titre d'une nouvelle partie. L'auteur du livre, Frédéric Nietzsche, a réservé cette dernière partie à ses amis, comme l'explicite sa note de bas de page: «Pour mes amis et non pour le public». La forme asymétrique de la boîte reprend les proportions du livre ouvert, et donc le poids du public opposé à celui du privé.

Présentation d'une collection opère aussi par arrêt sur image. Le buffet contient en effet une sélection de photographies de bandes-annonces collectionnées depuis quelques années. Des "trailers" ne sont gardées que les images sur lesquelles apparaît du texte, souvent pris dans le mouvement d'une animation ou d'un fondu. Vision fugitive au cinéma, les phrases font de préférence référence à des valeurs morales; elles ont fonction de slogans publicitaires qui se permettent d'interroger le public sur des questions existentielles. Dans cette sélection néanmoins n'ont été choisies que des bribes de phrases qui laissent plus de place à l'évasion que les topiques qui émergent des séquences dans leur ensemble.

Image arrachée plus qu'arrêtée, la pièce Hélas est une page noircie par Laurence Sterne, écrivain anglais du XVIIIème, auteur de La vie et les opinions de Tristram Shandy, gentilhomme. Dans ce roman donquichottesque et satirique, Sterne, à la mort d'un des personnages, noirci deux pages de son manuscrit; il les définira ensuite comme «les deux plus belles pages qu'il ait écrites.». Rapport au texte et à l'image, à la mort du pauvre Yorick, et pourquoi pas au sublime du carré noir de Malévitch.

Le triptyque Madam, in Eden I’m Adam présente, comme la peinture centrale l’indique en partie, une nouvelle hypothèse sur la création. Au-delà de la notion de vérité, les peintures de paysage explorent la limite du sens.
La montagne est ici montrée comme ce qui crée une frontière, au même titre que les cours d’eau - qui bien souvent reflètent l’autre rive - rendue existante et vraie parce qu’au service d’une idéologie; résultante d’une décision, comme une décision a voulu un jour que le monde fut créé en 7 jours. Un massif montagneux comme limite du regard, comme entre-deux entre l’ici et l’ailleurs; sauf que l’ailleurs est le moule d’ici, et le reflet donné l’est par une étendue d’eau qui pourrait bien être celle de l’océan de Solaris.